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Porvoo est la plus ancienne cité finlandaise après Turku. Elle est située à 50 km à peine à l’est de la capitale, Helsinki, ce qui en fait un but d’excursion très prisé.
Fondée officiellement en 1346 la ville de Porvoo est l’une des villes les plus visitée de Finlande.

La partie ancienne de Porvoo est unique en son genre. Son plan d’urbanisme, avec son entrelacs de petites ruelles et de cours asymétriques, remonte au Moyen-Âge. La ville fut par la suite ravagée par des incendies, mais ses habitants opiniâtres ont toujours reconstruit leurs maisons sur leur emplacement d’origine.
Mieux encore : alors que le célèbre architecte Engel, que nous avons déjà rencontré à Helsinki et Turku, a voulu rectifier les rues et déplacer les maisons le long de terrains rectangulaires, l’opposition des habitants fut telle que le plan fut abandonné, du moins en ce qui concerne le Vieux Porvoo. Ces maisons présentent donc un intérêt architectural exceptionnel.
L’architecte oeuvrera de l’autre côté de la principale artère, Mannerheiminkatu, où l’on retrouve tout un quartier Empire qui date du XIXe siècle et les rues en damier typiques de l’architecte.

Le Porvoo du futur se dessine sur la rive opposée. Le quartier des maisons en bois de la rive ouest a été influencé par le Vieux Porvoo : l’agencement est serré et les couleurs similaires. Les maisons de la berge sont en harmonie avec les entrepôts au bord de l’eau. Porvoo est non seulement réputée pour son ambiance particulière, mais encore pour le mariage harmonieux qu’elle réussit entre histoire et modernité.
C’est là-bas que vous trouverez un campus, ainsi qu’un centre commercial, venus s’ajouter au quartier résidentiel.

Nous nous sommes cantonnés à la vieille ville, qui peut être facilement visitée en une demi-journée en suivant le plan ci-dessous.

Porvoo, plan

Notre circuit débute sur Rihkamakatu, où un panneau nous apprend que nous entrons dans la zone du vieux Porvoo, « gamla Borgå » en suédois. Il faut savoir qu’un tiers de la population de Porvoo est suédophone : le nom des rues est donc systématiquement indiqué en finnois (se termine par « katu ») et en suédois (se termine par « gatan »).
Le nom suédois de la ville vient du mot « Borg » qui signifie « château » et « å » qui signifie rivière : à l’origine une forteresse en bois dominait la ville du haut de la colline mais cette forteresse a été détruite par une invasion Vikings et il ne reste que les douves dans une nature préservée et luxuriante.

Porvoo : immeuble Valtimo
Le premier bâtiment s’élève sur votre droite
(A) Édifice Valtimo : ce très grand bâtiment est une ancienne banque.
Si j’ai bien compris, le bâtiment en lui-même n’a que peu d’intérêt historique.
Par contre, au début du XIXe siècle, le poète national J.L. Runeberg a passé sa première nuit à Porvoo dans l’auberge Astenius, qui était située à proximité. On pense que c’est dans les cuisines de cette même auberge qu’a été créée la fameuse pâtisserie de Runeberg dont nous parlerons à la fin de l’article

 

Porvoo : maison Simolin
(B) A votre gauche, toujours sur Rihkamakatu (ou Krämaregatan en suédois), la Maison Simolin est le plus ancien (1854) grand magasin de Finlande toujours en activité, mais il n’appartient plus à la famille Simolin.
De nos jours, diverses enseignes, dont un restaurant réputé (« Zum Beispiel ») s’y sont installés.

La famille Simolin possédait également le haut entrepôt en briques à proximité du pont de Mannerheiminkatu (que nous verrons un peu plus loin). Là aussi, les propriétaires ont changé.

Par contre, il existe toujours une entreprise Simolin, qui se targue d’une histoire vieille de 163 ans, installée sur la rive ouest : il s’agit manifestement des descendants de la même famille.

 

Porvoo : ancien hôtel de ville
(C) L’ancien Hôtel de Ville fut achevé en 1764, sa tour quelques années plus tard.
C’est l’un des plus anciens hôtels de ville de Finlande. Le terrain avait été offert par le conseiller municipal Rahling et la ruelle étroite qui part de l’angle du bâtiment a été nommée en son honneur Rahliginkuja.
C’est là que se sont réunis en 1809 les états de la noblesse et de la bourgeoisie lors de la Diète de Porvoo.

Il abrite aujourd’hui le musée de Porvoo qui présente l’histoire, les beaux-arts, les arts décoratifs et les objets de la région de Porvoo. Vous y trouverez notamment des oeuvres de deux enfants de la ville, le peintre Albert Edelfelt (1854-1905) et le sculpteur Ville Vallgren (1855-1940.
Le même billet vous donne accès à la Maison Holm juste à côté : la demeure, achevée en 1763, fait découvrir la vie quotidienne dans la maison d’un marchand prospère à la fin du XVIIe siècle.

 

Porvoo : le châteauPorvoo : le château, arrière(D) Cette maison, située au N°12 sur Jokikatu est connue sous le nom de « château de Porvoo » . N’hésitez pas à vous rendre à l’arrière de la maison, des antiquaires se sont installés dans la cour du « château ». La maison appartenait à un dénommé JE Solitander, elle était considérée comme la plus belle de la ville.
Elle est surtout devenue célèbre parce qu’elle a accueillit le Roi de Suède Gustave III, de même que le Tsar Alexandre Ier à l’occasion de la Diète de Porvoo. Une passerelle
en bois, de l’entrée de la maison jusqu’à la cathédrale, fut construite à l’intention du tsar afin qu’il ne mouille pas ses chaussures.
C’est aujourd’hui une résidence privée.

 

Porvoo : "porvoon paahtimo"(E) Le pont de la rue Mannerheiminkatu nous amène sur les berges de la rivière qui a joué un grand rôle dans l’histoire de Porvoo : les bateaux venus de pays lointains remontaient le fleuve depuis la mer et venaient décharger ici leur cargaison de denrées exotiques, faisant de Porvoo une importante plaque tournante commerciale.
Remarquez l’imposant bâtiment de briques, à hauteur du pont : il s’agit d’un ancien entrepôt, ayant appartenu à Oskar Simolin (plaque sur le haut de la façade) et reconverti en bar- brûlerie : le café est torréfié sur place.

Pour l’anecdote, savez-vous pourquoi la consommation de café fut interdite en Finlande à trois reprises, pour la dernière fois en 1799 ?
L’État n’appréciait pas que tant d’argent parte à l’étranger pour acheter du café ! Mais les inspecteurs eurent beau effectuer des visites de contrôle, des saisies et vérifier les dénonciations… l’interdiction fut annulée pour manque de moyens de contrôle.

 

Porvoo : les entrepôtsNous empruntons l’itinéraire Ea (non entretenu en hiver, d’où l’option Eb), pour pouvoir admirer ce qui constitue la vue la plus emblématique de Porvoo : les entrepôts sur les berges du fleuve.
A l’origine, toutes ces maisons avaient été peintes en rouge en l’honneur d’une visite de Gustav III, roi de Suède.
Les entrepôts appartenaient aux marchands et il y en avait des deux côtés du fleuve.

L’itinéraire Eb emprunte un chemin de terre montant vers le cimetière et redescend vers le fl euve. Le cimetière de Näsi fut inauguré en 1789. C’est là que sont notamment inhumés le poète national J.L. Runeberg (1804-77) et sa femme Fredrika (1807-79) ainsi que le sculpteur Ville Vallgren (1855-1940).

 

Porvoo : vers le vieux pont

(F) Juste avant d’arriver au vieux pont, vous remarquerez un vieux canon : il a été utilisé pendant la Guerre de continuation de 1941-1944. Il a été placé ici à des fins commémoratives.

Un détail sur les berges m’a intriguée : pourquoi ce blason avec un « C » ? (cliquez sur la photo pour l’agrandir et mieux voir)
Il faut savoir que le blason des villes médiévales de Finlande avait généralement une lettre pour motif. Pour Porvoo, il s’agit donc de la lettre C en argent : elle symbolise le château, en latin castrum ou castellum, le même château déjà à l’origine du nom suédois de la ville.
Le blason de Porvoo est le seul à avoir conservé sa forme de bouclier gothique pointu. La plus ancienne version connue remonte à 1423. La date de 1346 est celle de la fondation de la ville.

 

Porvoo : ancienne gare
Avant de traverser le vieux pont, voyez l’ancienne gare sur votre gauche.

Etant donné l’essor du réseau ferroviaire et l’importance qu’il avait pris dans les transports, les marchands de la ville prirent l’initiative de construire une ligne reliant Porvoo à Helsinki. Ouverte à la fin du XIXe siècle, elle servira au transport de marchandises jusque dans les années 1990.

En été, l’autorail-musée Lättähattu assure une liaison entre Helsinki et Porvoo le samedi, à certaines dates.

La gare désaffectée et l’entrepôt attenant étaient en travaux lors de notre passage. Ils avaient été reconvertis en café et boutiques à destination des touristes.

 

Porvoo : la cathédrale
(G) La cathédrale de Porvoo a été achevée dans les années 1450.

Elle a connu cinq grands incendies au cours de son histoire mouvementée, dont le dernier, d’origine criminelle, eut lieu en 2006. Complètement dévasté, le lieu de culte fut rénové à l’identique sur deux ans, rouvrant ses portes en 2008.

Sa consécration comme cathédrale a été célébrée en 1723, après l’annexion de Vyborg par la Russie car l’évêché fut alors transféré à Porvoo.

 

Porvoo : la cathédrale, intérieurPorvoo : la cathédrale, tsar Alexandre I

 

Les cérémonies d’ouverture et de clôture de la Diète de Porvoo s’y déroulèrent en 1809.
Le 29 mars 1809, qui marqua la création du Grand-duché autonome, le tsar de Russie Alexandre 1er y jura solennellement de respecter les lois et la religion finlandaises : une statue du Tsar commémore cet événement.

 

Porvoo : la maison du Chapitre
(H) Le siège du Chapitre
Ce bâtiment a été construit pour servir de lycée : il fut inauguré en 1759 et l’on y enseigna jusqu’en 1850. Le poète national J.L. Runeberg y enseignait le latin et le grec.
En 1809, le clergé s’y réunit à l’occasion de la Diète. Le Tsar Alexandre Ier y prononça son célèbre discours inaugural et, le soir même, un grand bal y eut lieu.
L’histoire raconte que le Tsar s’éprit d’une jeune femme, Ulla Möllersvärd, qui avait laissé choir son éventail.

Avec la cathédrale et l’hôtel de ville, c’est l’un des principaux monuments nationaux de Finlande. Il accueille maintenant le siège du Chapitre.

 

Porvoo : l'Evêché
(I) L’évêché
L’Église évangélique luthérienne de Finlande est divisée en neuf diocèses. Parce que la Finlande est un pays bilingue, l’un de ces diocèses est suédophone et c’est celui de Porvoo.
Cet arrangement unique montre que l’église a fait un effort pour tenir compte de la minorité suédophone établie le long de la côte.

L’évêché du diocèse suédophone fut fondé à Porvoo en 1923 et la résidence épiscopale fut achevée en 1927.

 

Porvoo : les escaliers du diablePorvoo : les escaliers du diable
(Ja) Pirunportaat (Escaliers du diable), Koulukuja

L’itinéraire n’est pas entretenu en hiver, d’où l’itinéraire Jb qui passe par Lukiokuja et qui n’a comme intérêt que de voir la maison où résidait Runeberg en 1837 (au N°4)

Les «  escaliers du diable  » sont baptisés ainsi en référence à la légende selon laquelle Lucifer transforma un gros bloc de pierre en escaliers.
La vue depuis le haut des escaliers est magnifique et il y a un petit parc à côté.

 

(K) Itäinen Pitkäkatu-Kulmakuja
Les rues serpentent entre les quartiers résidentiels dans un entrelacement de passages et d’allées.
Vous verrez toutes sortes de maisons sur le parcours et apercevrez parfois aussi les cours, souvent communes à plusieurs maisons.
Ce quartier a été épargné par l’incendie de 1760.

Porvoo : quartier résidentiel Porvoo : quartier résidentiel Porvoo : quartier résidentiel

 

Porvoo : retour vers la cathédrale

 

 

Nos pas nous ramènent ensuite à hauteur de la cathédrale et de son imposant clocher.

 

Porvoo : statue Albert Edelfelt
(L) La statue d’Edelfelt
Albert Edelfelt est né en 1854 à Kiiala, à 4 km de Porvoo. La statue regarde en direction du manoir où il est né.
Jeune encore, Edelfelt est parti étudier à Paris, mais il revenait toujours passer l’été à Porvoo, dont il a immortalisé les paysages sur ses toiles.

Le musée-atelier d’Edelfelt est situé à Haikko, à 6 km du centre de Porvoo.

Durant la Diète, la paysannerie s’est réunie dans la maison du juge Orreaus, derrière la statue. Il y a maintenant un restaurant dans les bâtiments de la cour.

 

Porvoo : départ du feu de 1760
(M) Vuorikatu

C’est dans ces environs qu’a démarré le grand incendie de Porvoo de 1760, qui détruisit 200 maisons sur 293.
Il fut causé par une soupe de poisson cuite au petit matin : le feu s’est échappé pendant un moment d’inattention de la cuisinière.

Avec persévérance, les habitants ont reconstruit leurs maisons sur leur emplacement d’origine.

 

Porvoo : parc Linsen
(N) Le parc Linsén

Gabriel Linsén (1838-1914) fut un compositeur prolifique et le fidèle professeur de musique du lycée de Porvoo.
Sa femme Natalia fut l’une des premières femmes photographes de Finlande et une activiste opiniâtre dans sa ville pour les questions sociales et scolaires.
Ils habitaient au début dans une maison à proximité du parc, mais ont ensuite déménagé dans le quartier Empire de Porvoo.
Gabriel Linsén et ses étudiants avaient pris pour habitude de souhaiter son anniversaire au poète Runeberg, qui vivait à proximité, en chantant sous ses fenêtres le 5 février.
Cette tradition s’est conservée jusqu’à ce jour, parait-il !

 

Porvoo : parc RunebergPorvoo : maison RunebergArrivés à la fin de notre circuit, nous décidons de faire encore une incursion dans la partie « Empire » pour aller voir la statue de Runeberg, érigée dans le parc qui porte son nom : elle est signée de son propre fils, le sculpteur Walter Runeberg.

Johan Ludvig Runeberg s’installa à Porvoo en 1837 avec son épouse Fredrika et leurs fils. En 1852, ils emménageront dans cette maison (Aleksanterinkatu 3).
Ouverte au public en 1882, c’est l’une des plus vieilles maisons-musées de Finlande.
Elle a été restaurée en 2004 pour retrouver son état d’origine et recréer l’atmosphère d’une maison bourgeoise des années 1860.

 

Porvoo : runebergintorttu
Johan Ludvig Runeberg a largement contribué à l’éveil du nationalisme finlandais. Le 5 février, jour de sa naissance, est une fête nationale.
Il paraît qu’il aimait beaucoup un certain type de tartelette aux amandes à tel point qu’il en mangeait tous les jours au petit déjeuner. La tartelette a donc été renommée en son honneur Runebergintorttu (tarte de Runeberg).
Nous avions lu, avant d’entamer notre voyage, qu’il n’est disponible que pendant les quelques semaines qui précèdent le 5 février. Manifestement, il est aussi disponible pendant la saison touristique !

C’est un délicieux petit cake auquel une garniture de glaçage et de confiture de framboises donne une allure très typique.

 

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