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Lappeenranta est la capitale de la Carélie du Sud, une petite région réduite par l’histoire à la portion congrue. Au cours des siècles, la frontière a toujours été très fluctuante ici et les souvenirs des guerres passées hantent cette région, comme nous le verrons au cours de notre visite.

Le site abritait déjà un important marché dès le Moyen-Âge, bénéficiant d’une position stratégique sur une importante route commerciale entre la Scandinavie et les terres actuellement russes. La ville obtiendra droit de cité en 1649 sous le règne de la reine Christine de Suède.
Située sur les rives du lac Saimaa, le plus grand du pays, cette petite ville de 73 000 habitants était autrefois un marché de produits agricoles, de bétail, d’outils et de fourrures. Au fil du temps, elle est devenue le haut lieu pour l’exportation du bois, mais aussi du goudron de pin, matière utilisée à l’époque dans les chantiers navals.
Bien que l’industrie forestière demeure un employeur important, le secteur des services fournit les deux tiers des emplois et le tourisme est en train de devenir un nouveau secteur d’activité.

Pendant la Guerre russo-suédoise de 1741-1743 les troupes Russes ont pris le contrôle de la ville dès le 23 août 1741. À la fin de la guerre, le Traité d’Åbo cèda la Carélie à la Russie : Lappeenranta se retrouva en Russie 65 ans avant le reste de la Finlande.
Les Russes achèveront les remparts de la forteresse, commencés par les Suédois, et transformeront Lappeenranta en une élégante ville d’eau tant que durera leur domination.
Malheureusement, Lappeenranta paiera un lourd tribut aux guerres d’Hiver (novembre 1939 – mars 1940) et de Continuation (juin 1941 – septembre 1944), durant lesquelles elle fut en grande partie détruite.

Avant de nous lancer à l’assaut du « must » de Lappeenranta, à savoir la forteresse qui se dresse au-dessus du port, nous nous promenons un peu dans la ville.

Lappeenranta : cimetière, fleursLappeenranta : cimetière, tombes

Un joli petit parc attire mon regard : les fleurs y poussent à profusion, formant de magnifiques haies colorées.
Nous nous approchons pour les admirer de plus près et constatons qu’il s’agit en fait d’un cimetière, dédié à tous ceux qui sont tombés durant les terribles guerres d’Hiver et de Continuation.
Les sépultures correspondent à des personnes qui ont pu être identifiées. Elles sont si nombreuses qu’un guide a été élaboré, répertoriant tous les noms qui figurent ici avec l’emplacement exact de la tombe.

 

Lappeenranta : cimetière, monumentLappeenranta : cimetière, monument

 

 

Au milieu de toutes ces tombes un monument très émouvant rappelle que tous ces pauvres gars ont laissé derrière eux des veuves et des orphelins, mais aussi de vieux parents éplorés.

 

Lappeenranta : cimetière, mur des nomsLappeenranta : cimetière, mémorialEn sortant du cimetière, une nouvelle surprise attend le visiteur non averti : un mur de 70m de long couvert de milliers de noms !
Il y en a 5500, classés par municipalités : tous ces gens ne sont pas revenus des guerres d’Hiver et de Continuation mais ne sont pas enterrés ici.
Le mémorial, du sculpteur finlandais Kauko Räsänen, représente la mère Carélie, déchirée, qui pleure ses enfants. Regardez bien la statue écartelée, elle est le symbole d’un déchirement historique. Il faut savoir en effet qu’en 1944, après la défaite finlandaise, l’essentiel de la Carélie du Sud et toute la Carélie orientale sont rattachées à l’URSS, et les habitants sont forcés de s’installer à l’ouest de la nouvelle frontière. C’est le plus grand mouvement de population jamais connu par la Finlande.

 

Lappeenranta : église de Lappee, le clocherLappeenranta : église de LappeeJouxtant le cimetière, l’église Sainte Marie de Lappee est unique dans son genre en Finlande : son concepteur, Juhana Salonen, l’a construite selon un plan en double croix. Elle a été consacrée en juin 1794.
Elle a été édifiée après que l’église de la ville, située dans la forteresse, ait été détruite en 1790 dans un incendie dû à un coup de foudre. Les édiles décidèrent de construire une nouvelle église en dehors de la ville, au beau milieu de la forêt. Aujourd’hui, avec l’agrandissement de la ville, elle se retrouve en son centre !

Le beffroi, situé au sud-ouest de l’église, dans la verdure, est le seul spécimen d’architecture néo-gothique authentique qui subsiste à Lappeenranta. Il a été conçu en 1852 et achevé en 1856.

Lappeenranta : église de Lappee, l'autel

 

L’église, en bois, a connu de nombreux travaux de réparations et de modifications au cours du temps, dont la plus récente, la rénovation du toit en tôle, a été achevée en 2002.

Le retable peint par Alexandra Frosterus-Såltin en 1887 représente l’Ascension de Jésus. Les tableaux de chaque côté du retable, présentant les apôtres Pierre, à gauche, et Paul à droite, sont d’artistes inconnus.

 

Lappeenranta : église de Lappee, intérieurLappeenranta : église de Lappee, intérieur
L’église peut accueillir environ 840 personnes.
Le magnifique chandelier qui a été offert à la paroisse par un généreux donateur, est parait-il l’article utilitaire le plus précieux de Lappeenranta.
Les autres tableaux et peintures que l’on peut admirer proviennent aussi de dons et ont été exécutés par des artistes qui sont restés inconnus.

L’orgue actuel date de 1967 : sa façade provient de l’orgue précédent qui datait de 1891.

 

Lappeenranta : église de Lappee, le coin des enfants

 

 

Comme dans toutes les églises luthérienne, un coin a été spécialement aménagé pour les enfants.

Mais ici, en plus, le visiteur est accueilli par une boisson chaude. Des toilettes sont également mises à disposition.

 

Lappeenranta : l'hôtel de villeEn sortant de l’église, nous remontons la rue Kauppakatu. A l’intersection avec la rue Raastuvankatu, ne manquez pas d’admirer l’ancien hôtel de ville, le plus vieil hôtel de ville en bois de Finlande.
Selon le règlement en vigueur à partir de 1811, tous les bâtiments publics devaient être construits en pierre. Cependant, Lappeenranta n’en avait pas les moyens, de sorte que le Sénat accorda à la ville pauvre une dispense spéciale pour la construction d’un hôtel de ville en bois à un étage.
Edifiée en 1828, elle est, avec l’église que nous venons de voir, l’un des premiers bâtiments publics de Lappeenranta. Un agrandissement sera décidé dès 1840, qui verra notamment le bâtiment se doter d’une tour d’horloge. L’horloge a été réalisée par Juhana Ala-Könni, un maître artisan d’Ilmajoki : elle rythmera les journées des habitants durant 126 ans jusqu’en 1973, année au cours de laquelle une horloge électrique a été installée dans la tour. L’horloge d’origine est conservée dans le musée de la Carélie du Sud (logé dans la forteresse) .
Le bâtiment a été maintes fois agrandi, restauré, et sert de nos jours principalement pour les réceptions sociales et les besoins de la ville. Il ne se visite pas, sauf durant les journées portes ouvertes de la ville.

Pour en savoir plus sur l’ancien hôtel de ville, cliquez ici (texte en anglais, sur le site de la ville)

 

Lappeenranta : la maison Wolkoff

 

En remontant la rue Kauppakatu, vous ne pourrez pas manquer la Maison Wolkoff, au N°26.
Bâtie en 1826, c’est l’une des plus anciennes demeures en bois de la ville. Elle appartenait, entre 1872 et 1983, à une riche famille de commerçants russes, les Wolkoff. En 1986, ils en firent don à la ville, afin qu’elle soit transformée en musée.
Ses 10 pièces, imprégnées de la tradition religieuse orthodoxe de cette famille russe, se visitent en une quanrantaine de minutes avec un guide.
Pour en savoir plus sur les horaires, les tarifs et l’histoire de cette maison, cliquez ici (texte en anglais)

Vous pouvez explorer la maison à travers la visite virtuelle mise au point par l’Université des Sciences Appliquées de Saimaa et les Musées de Lappeenranta.

 

Nous poursuivons notre flânerie jusqu’au port et poussons jusqu’au bout de la jetée, où une surprise nous attend : un hiekkalinna, un « château de sable » géant bâti à partir de 3000 tonnes de sable. Chaque année, le thème change. Il s’agit de la quatorzième édition, ouverte aux visiteurs du 4 juin à la fin août.
Le thème de cette année 2017 est «Finlande 200 ans», qui visualise la vie dans 100 ans, en l’honneur du centenaire de l’indépendance de la Finlande.

«Les sculptures de sable présentent des prédictions de ce que sera la Finlande dans 100 ans», explique le chef du projet, le sculpteur Kimmo Frosti, qui a coopéré avec l’école Lauritsala de Lappeenranta. Une vingtaine d’élèves de la 3e à la 6e année ont créé des idées pour des sculptures de sable sous la direction de leur professeur Annika Lönnroth. La voiture, l’école, l’horloge holographique, Lappeenranta et une maison en 2117 sont issus de cette collaboration.

Sur place, un panneau explicatif accompagne chaque sculpture pour en expliquer la signification, donner le nom du sculpteur ainsi que le nom de celui ou ceux qui en ont eu l’idée. Certains des sculpteurs sont des artistes locaux, d’autres viennent d’Espagne, de Lettonie et de Russie.

Lappeenranta : hiekkalinna, voiture du futur
La voiture du futur
Lappeenranta : hiekkalinna, la maison du futur
La maison du futur (à côté une maison ancienne préservée comme témoin du passé)
Lappeenranta : hiekkalinna, école du futur
L’école du futur

 

Lappeenranta : hiekkalinna, machine à remonter le temps
La machine à remonter le temps
Lappeenranta : hiekkalinna, la Finlande en 2117
La Finlande en 2117
Lappeenranta : hiekkalinna, horloge holographique
L’horloge holographique

La chapelle, qui a été construite pour la première fois en 2016, a été reproduite en 2017. La paroisse de Lappeenranta y assure un service quotidien.
La chapelle est également disponible pour les mariages et les baptêmes !
 

Lappeenranta : hiekkalinna, chapelle
Une chapelle dans le sable
Lappeenranta : hiekkalinna, chapelle
Un manuscrit de sable dans la chapelle
Lappeenranta : hiekkalinna, les phoques du Saïmaa
Les phoques du Saïmaa

Quant aux phoques du Saïmaa, il ne s’agit en rien d’une vision futuriste : ils existent bel et bien !
Le phoque annelé du Saimaa est l’une des très rares espèces de phoque d’eau douce aujourd’hui présente sur le globe. Cet animal s’est retrouvé isolé dans le lac Saimaa, aujourd’hui le plus vaste lac de Finlande, quand le libre passage reliant autrefois cette zone lacustre de Finlande à la Baltique a été naturellement obstrué voici 8000 ans, au terme de la dernière ère glaciaire en date.
Ces informations sont issues d’un article publié sur finland.fi, consacré à cet animal emblématique aujourd’hui menacé de disparition. N’hésitez pas à cliquer sur le lien, il pointe vers la version française et contient de belles photos de l’animal.

 

Lappeenranta : le symbole héraldiqueLappeenranta : le symbole héraldiqueSur la pelouse qui monte jusqu’à la forteresse, depuis le port, mais aussi sur les drapeaux des bateaux, nous remarquons un étrange emblème qui, renseignements pris, s’avère être l’emblème de la ville : il représente un homme sauvage.
La raison est historique : la charte de la ville – un privilège datant de 1652 – stipule que le sceau de la ville devrait représenter un homme sauvage debout sur le rivage, et à partir de l’année suivante, la ville était connue sous le nom de Villmanstrand, le rivage de l’homme sauvage.
Mais pourquoi donc les Suédois ont-ils donné ce nom à cette ville ? Là, la question se corse et je vous invite à lire la page (en anglais) que lui consacre Lappeenranta

 

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Nous allons maintenant partir à l’assaut de la forteresse : nous lui consacrons un article séparé, tant il y a de choses à découvrir.

Et une visite de Lappeenranta ne serait pas complète sans un petit tour en bateau, qui nous amènera à la découverte du canal de Saimaa.

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