Imatra (Finlande)

Imatrankoski power plant

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La photo que vous voyez en tête de cet article (issue de wikimedia) vous montre ce que nous étions censés voir. La réalité fut tout autre …

les rapides d'Imatra : le barrageImatra était réputée pour la beauté sauvage de ses rapides (Imatrankoski en finnois), jadis les plus grandes chutes d’Europe, que certains n’hésitèrent pas à qualifier de  » Niagara finlandais « .

Bien qu’aujourd’hui fermées par un barrage qui ne lâche son eau que vingt minutes par jour en été, elles sont un des sites naturels les plus connus du pays et à ce titre classées paysage national.
Le spectacle du lâcher des eaux est bien sûr très couru, d’autant plus qu’il est gratuit : il est donc préférable de venir suffisamment en avance pour avoir un bon point d’observation, l’un des meilleurs se situant sur le pont qui franchit la rivière et fait face au barrage.
Cela se passe tous les jours, de fin juin à la mi-août, aux environs de 18h.

Mais il n’y a pas eu de spectacle en 2017, et il n’y en aura pas non plus en 2018, en raison des travaux de rénovation de la structure du barrage.

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Il serait dommage de ne pas profiter de l’aménagement qui a été créé le long des rapides, agrémenté de nombreux panneaux explicatifs, comme nous allons le voir.

Et, à la fin de l’article, une vidéo vous permettra d’assister au spectacle comme si vous y étiez !

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les rapides d'Imatra : plan
Un plan permet de bien situer les divers points d’intérêt.

1. L'hôtel national          10. Turbine
2. Le lit des rapides        11. La jeune fille d'Imatra
3. Pont d'observation        12. Le barrage
4. Roches sculptées          13. Vieilles lanternes sur le pont
5. Pavillon d'observation    14. Pont au-dessus des rapides
6. Pavillon                  15. Banc de roches et arbre du Kalevala 
7. Marmites (érosion)        16. Sculpture "le garçon et la grenouille"
8. Usine hydroélectrique     17. Théâtre d'été
9. canal de l'usine          18. Aire de jeux

Nous ne suivrons pas l’ordre des numéros, et c’est pourquoi nous ne les reporterons pas dans le texte, mais le lien est très facile à faire.

 

les rapides d'Imatra : la Vuoksi en amont du barrageles rapides d'Imatra : la naissance de la VuoksiIl y a plus de 10 000 ans, les glaces recouvraient la totalité de la Finlande, éliminant tout espace sédimentaire. Puis lors d’un déplacement de plaques tectoniques, des centaines de glaciers, nommés « eskers », se sont formés, devenant les seuls reliefs du paysage. Lors du retrait des glaciers, différentes moraines, des amas de débris rocheux, se sont formées, créant ainsi des limites aux différents lacs actuels.

La rivière Vuoksi est née il y a 5700 ans d’une brèche qui s’est formée dans la moraine de Salpausselkä : les eaux du lac Saïma se sont engouffrées dans cette brèche avec une force inouïe, faisant baisser le niveau du lac de 3 mètres !
Nous voyons ici la rivière en amont du barrage

 

les rapides d'Imatra : usine hydroélectriqueAvec une superficie de 4 400 km2, le lac Saimaa est le plus grand de Finlande et le quatrième d’Europe. La Vuoksi est le seul émissaire du Saimaa : la rivière s’écoule vers le lac Ladoga situé au sud-est en territoire russe, après un parcours de 150 km et un dénivelé de 73m.
À la suite de la Guerre de Continuation et de la défaite finlandaise, seuls 13 km du cours de la rivière sont aujourd’hui en Finlande mais cette portion représente près de 94% du débit moyen.
Les rapides d’Imatra ont été exploités dès le début des années 1920 pour la production hydroélectrique. La centrale d’Imatra fait partie des centrales possédant l’un des plus forts débits turbinés en Finlande, jusqu’à 800 m3 /s avec 7 groupes de production.

 

les rapides d'Imatra : mémorialTout près du barrage (point 11 sur le plan), vous pouvez voir une reproduction miniature des rapides, avec un corps visiblement meurtri à leur pied.

Le tableau illustre un poème écrit en 1903 par Eino Leino, un poète finlandais : il raconte la triste histoire d’une jeune fille et de son amoureux qui décidèrent de se donner la mort en se jetant dans les rapides.

En réalité, bien des gens ont décidé d’en finir ainsi et cette statue, appelée « la jeune fille d’Imatra », doit se voir comme un mémorial pour tous ceux qui ont perdu la vie ici.

La statue a été sculptée par Taisto Martiskainen, tandis que l’écrin qui la reçoit a été conçu par l’architecte Kari Pärssinen. Le tout a été mis en place en 1972.

 

les rapides d'Imatra : érosionles rapides d'Imatra : explications
Nous cheminons maintenant dans le Parc de la Couronne (Kruununpuisto en finnois), la première réserve naturelle de Finlande, où nous attendent de nombreux panneaux explicatifs.

Ici, on nous explique comment se sont formés les trous ronds que nous voyons un peu partout, et dont la forme fait penser à un chaudron ; il y en a de toutes tailles, le plus petit pouvant se comparer à une tasse à thé tandis que le plus grand peut facilement contenir un homme.
Ils se sont formés très rapidement après la naissance de la rivière : la couche de granit a été érodée par l’eau et de ses violents tourbillons, charriant en plus de nombreux débris provenant de la moraine.

 

les rapides d'Imatra : érosionles rapides d'Imatra : explicationsLe substrat rocheux du lit de la rivière est vieux de 1900 millions d’années environ et se trouve sur une zone de fracture.
La couche de mica a été érodée plus vite que la couche granitique, déstabilisant ainsi les berges : les gros blocs que nous voyons dans la rivière proviennent des pierres qui se sont détachées des parois et sont tombées dans le lit de la Vuoksi. La pente orientale s’est ainsi écroulée sur une bonne partie du parcours des rapides.
Voilà pourquoi, certains sentiers encore praticables il y a quelques décennies ont du être interdits et les barrières de sécurité ramenées un peu plus vers le parc.
En agrandissant les photos, vous voyez très bien le granite qui surplombe encore la berge occidentale, tandis que la berge orientale est comme coupée au couteau.

 

les rapides d'Imatra autrefoisles rapides d'Imatra : un kiosque d'observationDes postes d’observation ont été installés pour que les personnes venues visiter les rapides puissent les admirer en étant confortablement installés.
Agrandissez la photo ancienne en cliquant dessus : voyez-vous le panier en osier qui balance au-dessus des rapides ? Déjà à l’époque, il y avait des volontaires pour des sensations fortes ! De nos jours, c’est une tyrolienne qui autorise ceux qui le souhaitent à survoler les chutes.
Les rapides d’Imatra étaient déjà célèbres il y a 300 ans : on considère que le tourisme a réellement commencé à Imatra en 1772, avec la venue de l’impératrice Catherine II de Russie avec son escorte. Par la suite, de nombreuses personnalités sont venues admirer ce qui fut en son temps l’attraction la plus célèbre d’Europe.

 

les rapides d'Imatra : roche gravéeles rapides d'Imatra : roche gravéeNombreux sont ceux et celles qui ont tenu à laisser une trace de leur passage sur les rochers qui parsèment les berges.
Plus d’une centaine de signatures lisibles ont été dénombrées, certaines remontant aux années 1700. Mais la majorité d’entre elles datent du XIXe ou du XXe siècle.

Une des signatures qui fait la fierté de la ville a été gravée le 27 août 1876 par l’empereur du Brésil, Dom Pedro II.

 

les rapides d'Imatra : kiosque d'observationles rapides d'Imatra : la Vuoksi assagie

 

A hauteur du dernier kiosque d’observation, la rivière s’assagit.

Un escalier permet de sortir de la gorge creusée par la rivière : c’est en grimpant les marches de l’escalier qui a été aménagé qu’on se rend compte du formidable travail d’érosion qui était à l’oeuvre ici !

 

les rapides d'Imatra : l'hôtel national vu du côté des rapidesles rapides d'Imatra : l'hôtel national vu du côté de la rueNous débouchons à hauteur de l’hôtel national d’Imatra (en finnois : Imatran Valtionhotelli).
En 1846, c’est une modeste auberge avec deux chambres et une petite salle de restauration qui s’installe ici. La vue sur les rapides y est très belle et devant la demande croissante ce sera bientôt (en 1871) un chalet de 44 chambres qui la remplacera ; son restaurant peut accueillir jusqu’à 100 personnes.
En 1893, un hôtel vient s’ajouter au chalet : l’hôtel Cascade reçoit lors de son inauguration tous les romantiques nationaux Albert Edelfelt, Akseli Gallen-Kallela, Louis Sparre et Juhani Aho1. L’année suivante le nouvel hôtel et l’ancien chalet sont détruits par un incendie.

Vingt ans plus tard, en 1903, l’architecte Usko Nyström concevra l’édifice de style jugend que nous admirons aujourd’hui : il reprendra d’abord le nom de son prédécesseur « Hôtel Cascade » mais sera rapidement renommé en « Hôtel national d’Imatra ».

 

les rapides d'Imatra : la floreles rapides d'Imatra : un écureuil

 
Comme vous le voyez, on peut passer de bons moments près des rapides d’Imatra même si le barrage ne lâche pas ses eaux.

Les environs sont bien aménagés, on y apprend beaucoup de choses. Vous seriez-vous douté qu’il existe une flore spécifique à ces ravins ?

Le Parc de la Couronne (Kruununpuisto en finnois), dessiné en 1842 sur ordre du tsar Nicolas Ier, offre par ailleurs de belles promenades pour les amoureux de la nature. De nombreux écureuils y ont élu domicile.

 

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Le petit film qui suit vous permettra de « vivre » le spectacle comme si vous y étiez.

Le barrage ouvre ses vannes, l’une après l’autre. Au début, l’eau remplit la cuvette naturelle qui s’est formée au pied de l’ouvrage, puis peu à peu le lit de la rivière se remplit, le niveau monte, le flot grossit jusqu’à atteindre 500 m3 par seconde, ses embruns atteignent les spectateurs les plus proches.

Une composition de Sibelius, un musicien finlandais célèbre dont nous avons fait la connaissance à Helsinki, accompagne le lâcher des eaux, mais on l’entend à peine, tant le fracas de l’eau est intense.

Il parait que les spectateurs qui se trouvent sur le pont vivent une sensation étrange : lorsque les eaux en furie arrivent sous le pont, la température chute brutalement de quelques degrés !

Au bout de 15mn, tout se calme peu à peu, les vannes se referment et le silence revient : saisissant !

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